Je tiens (je l'espère, durablement, car les enjeux sont importants, pour les intéréssés comme pour moi-même) à répondre à ceux de mes camarades (John_G de Moselle d'Avenir, ou Philippe
Mouricou, bien qu'il ne soit pas intervenu récemment) pour qui ma critique de l'économie et de la société de marché telles qu'entendues dans la Déclaration de principe socialiste du 18 avril 2008 seraient incompatibles avec la vision que Ségolène Royal a du marché. Soit dit
en passant, ce que j'écris ici n'engage que moi.
Cet article (en 6 points, pour faire socialiste) ne sera pas excessivement bien argumenté ou rédigé: tel n'est pas l'objectif. Mais j'irai cependant jusqu'au bout de cette
matinale démonstration, posant quelques jalons qui resserviront par la suite. Ce qui suit est volontairement incisif, voire polémique, afin de mettre en exergue des contrastes.
1. Ségolène Royal n'est pas opposée au marché (et moi non plus d'ailleurs) mais elle préconise un autre marché que celui qui existe et se développe dans le néo-capitalisme français: un
marché qui s'appuie sur l'innovation économique des petites entreprises, sur l'entrepreneuriat individuel, qui ne doit plus être un sport de riches, sur l'initiative économique qu'il faut
encourager de façon intelligente, sur l'économie de l'intelligence.
Ce capitalisme-là (que je souhaite) est aujourd'hui lacunaire: il n'a d'ailleurs jamais existé dans ce pays, ou alors marginalement. En revanche, c'est un capitalisme qui a fait le dynamisme
durable et la concorde sociale de contrées comme la Suisse, la Californie, ou l'Allemagne "innovante" (Bavière, Hambourg...), les Pays-Bas, la Flandre, la Catalogne...
2. Ségolène Royal critique et préconise une rupture avec l'injustice et la régression de croîssance que génère un capitalisme d'ententes contre le consommateur, de la
part des grandes entreprises cotées au Cac 4O et de certains secteurs en particulier. Lesquels contribuent à tuer l'innovation et sont responsables de la hausse vertigineuse des prix de
détail depuis le passage à l'Euro.
Autrement dit, contrairement à Delanoé, Jospin et consorts, qui n'ont que faire du problème des prix et du manque de concurrence (cf leur politique municipale à Paris et cf les 5 années de
réformes Jospin, à peu près nulles en ce qui concerne le pouvoir des banques et de la finance, ou sur le frein à la spéculation immobilière et foncière), Ségolène Royal préconise une
re-régulation en profondeur des systèmes financiers et un bras de fer (indispensable) avec le pouvoir bancaire ou encore avec la grande distribution concernant la
fixation des prix, les primes ou encore les tarifs.
Lesquels tuent littéralement et le consommateur et la demande. Et entrainent en outre des situations de pertes de pouvoir d'achat généralisées dans les
classes moyennes.Lesquelles se sont paupérisées à grande vitesse depuis 2001-2002, avec les effets en chaine que l'on mesure en matière d'épargne, d'endettement des ménages, ou encore
de transmission de patrimoine...
3.Contrairement à Delanoé, Strauss-Kahn et consorts, Ségolène Royal n'aurait pas, en situation de responsabilité, une confiance excessive (litote) dans les pouvoirs régulateurs
supranationaux, économiques et financiers, que sont la Commission européenne telle qu'elle fonctionne, ou encore le Fonds Monétaire International tel qu'il régule l'offre de
crédit en dernier ressort: lesquels auraient besoin (selon elle ou les économistes qui l'aident dans sa démarche: par exemple Philippe Aghion ou Daniel Cohen) d'être réformés de façon
significative. Idem pour la BCE, qui doit voir ses statuts évoluer, ou, au niveau global, l'OMC...
En ce sens, Ségolène Royal converge(c'est évident !) avec certains mouvements altermondialistes qui ont eu comme objectif (et ont abouti grâce à des luttes et à des
démonstrations de force à faire évoluer certains rapports de force qui s'étaient développés dans les années 1980-90) à décrédibiliser les organes régulateurs internationaux dans ce qu'ils sont
responsables d'une malgouvernance globale: que ce soit en matière financière, monétaire, ou réglementaire.
4. Indéniablement, Ségolène Royal préconise de profondes évolutions dans le sens d'une protection accrue de l'environnement, du monde rural dans ce qu'il a de protecteur des écosystèmes et de la
qualité de l'alimentation humaine, des pêcheurs, dans le sens d'une réglementation accrue sur l'urbanisme, sur les transports...: la fixation des prix des transports
collectifs, par exemple. Elle se rapproche en cela des écologistes, dans ce qu'ils apportent au débat public, et de José Bové...Il y a la rupture avec le socialisme productiviste et
au fond très opportuniste en matière environnementale, qu'incarnent Delanoé, Jospin, Strauss-Kahn et consorts...
Actuellement, on voit bien que ni les Strauss-kahniens jospiniens en situation de responsabilité à la Région Ile-de-France, ni les crypto-jospiniens de la Mairie de Paris (rien à voir avec la
politique de Bertrand Collomb à Lyon !) n'ont cure de la hausse ininterrompue des prix pratiqués par la RATP ou le STIF, du non-développement de l'offre de transports collectifs, de
l'absence de re-réglementation concernant l'offre de taxis en centre-ville, ou encore d'une préservation accrue de la qualité de vie urbaine: Bertrand Delanoé ne gère certainement pas Paris
(par exemple: il veut réintroduire les IGH dans la ville-centre de Paris au lieu de s'interroger sur l'absence d'innovation économique dans la Capitale depuis qu'il est arrivé aux
responsabilités) comme le ferait un maire qui irait dans le sens de la vision qu'à Ségolène Royal du développement économique territorial...
5. Sur la réforme de l'Etat, Ségolène Royal préconise une réforme de l'Etat juste, étendue, génératrice de plus de services
publics et des services publics de meilleure qualité. L'autre gauche, dans son inculture économique et administrative avérée par le temps et l'expérience du pouvoir, préconise la
même casse du statut de la Fonction publique, la même introduction de méthodes du privé, par la voie autoritaire, que les Sarkozystes ou ceux qui les soutiennent actuellement dans les
réformes de l'Etat engagées par Eric Woerth: moins de fonctionnaires, plus de contractuels, plus de pression, plus de petits chefs, moins de services publics...
6. Le rapport au patronat: collaboratif et non-critique dans le cas de Strauss-Kahn/Delanoé/Hidalgo...; critique et exigeant dans le cas de Ségolène Royal, qui n'accepte pas que
continue de se pratiquer ou de se développer des entorses au droit du travail, ou l'existence de simples "comités de rémunération" pour la fixation des rémunérations des grands
patrons.
Surtout, Ségolène Royal préconise une réforme de l'entreprise: pour une entreprise horizontale, moins pyramidale, ou les décisions puissent être réellement décentralisées, où l'on
respecte les collaborateurs et où l'on développe l'autonomie de la prise de décision.
Je ressens de la honte lorsque j'entends ou lis Dominique Strauss-Kahn ou Bertrand Delanoél: lesquels n'ont eu de cesse de défendre l'entreprise telle qu'elle existe
aujourd'hui: des entreprises qui font souffrir leurs salariés, qui se tertiarisent sans cesse au détriment d'une préservation du tissu industriel, qui font des patrons des pachas
dépourvus de tout sens de la prise de risque, de tout sens de l'innovation, des entreprises où le management est défaillant voire inexistant, qui excluent les séniors et les
Jeunes d'emplois pérennes...
Parce qu'on n'a cessé de donner au patronat depuis 30 ans sans jamais rien exiger en retour: on le voit bien aujourd'hui avec la difficulté d'aller de l'avant dans la lutte contre le
harcèlement moral ou sexuel dans les entreprises...
J'ai voulu dans ce billet mettre en exergue des différences. Et même plus que cela sans doute, une véritable césure entre deux gauches, qui m'apparaît aujourd'hui éclatante !
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