Cela ne vous étonnera qu'à moitié sans doute: je ne suis pas totalement satisfait de la nouvelle déclaration de principes du Parti
Socialiste (disponible en PDF depuis le 18 avril).
Cet article n'ayant pas vocation à contextualiser la nouvelle donne théorique, en matière d'objectifs et de principes (une carte d'identité, selon Alain Bergounioux, en charge des
études) que le PS a voulu imprimer à sa Magna
Carta ("prendre acte" des impératifs de la globalisation, du défi que lance une droite qui perd mais gagne toujours au national, reconnaître
implicitement qu'on n'est pas un parti d'avenir mais resté au XXème siècle...), je me contenterais de coller au texte, afin de lui porter une critique sur deux points
essentiels (pour l'exégèse exhaustive, on verra plus tard).
Sur la forme, je juge le texte mal écrit, me donnant presque le sentiment d'avoir été rédigé par des incultes rocardiens, pas à la hauteur, en tout état de cause, de la grande
tradition mitterrandienne "écrite" (Léon Blum, grand rhéteur, se retournerait dans sa tombe).
Le préambule en particulier (les préambules ne servent pas qu'à être d'un style efficace: ils sont aussi des déclarations de principe qui doivent donner une image d'intemporalité et de
grandeur) me donne ce sentiment d'un mauvais compromis, rédigé à la va-vite pour ne vexer personne et pour fédérer un peu tout le monde (même moi, je m'y retrouve globalement, c'est dire
!).
Le Parti socialiste plonge ses racines dans la tradition de l'humanisme et dans la philosophie des Lumières. Il fait siennes les valeurs
de liberté, d'égalité, de fraternité, proclamées par la Révolution française. Il est né de la rencontre entre une pensée critique, riche et diverse, et l'action du mouvement ouvrier qui, pendant
deux siècles, ont porté une contestation de l'organisation sociale façonnée par le capitalisme et ont défendu le projet d'une société solidaire dont tous les membres jouissent des mêmes libertés
et des mêmes droits. Il revendique le souvenir de la Commune, l'héritage de la République et de son œuvre démocratique, des grandes conquêtes sociales du Front populaire, de la Libération, de mai
1981 et des gouvernements de gauche qui se sont succédé. Il participe des grands combats politiques et intellectuels pour la liberté de l'homme, de l'Affaire Dreyfus à l'abolition de la peine de
mort.
"participer de" est une expression horrible. Dans "les gouvernements de gauche qui se sont succédé", on inclut la Gauche Plurielle de Jospin, mise sur un même plan in fine que
le Front Populaire. Pourquoi pas ?
Cela dit: doit-on être fier et se revendiquer de l'oeuvre réformiste du gouvernement "de gauche" de Guy Mollet, en 1956, qui a accordé aux travailleurs une troisième semaine de congès payés
tout en intensifiant la Guerre en Algérie et ll'usage de la torture, largement couverte et encouragée, et qui a freiné des quatre pieds le mouvement de décolonisation ?
Sur le fond (vous vous en doutez), le passage que je juge le plus discutable est celui sur l'affirmation socialiste d'une adhésion à l'économie de marché, tant attendu depuis si longtemps par une
partie de la droite, par les milieux patronaux et libéraux. Ils l'ont, leur Bad Godesberg: un demi-siècle pour que le PS français, le plus archaique qui soit, reconnaisse enfin le primat de
l'économie de marché sur l'économie administrée !!
Champagne: c'est au moment où l'économie de marché fait les plus mauvais scores en terme d'adhésion dans l'ensemble ou presque des pays du globe que les Socialistes français font, sous
la pression de Bockel, Besson, Strauss-Kahn et autres Kouchner, leur "nécéssaire" aggiornamento, véritable serpent de mer depuis 25 ans, en expliquant dans un texte qu'ils se plient aux
exigences de la droite et du Medef de voir l'économie de marché gravée dans le marbre socialiste. Intelligent !

Les socialistes sont partisans d'une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, des services publics de qualité, un tiers secteur d'économie sociale.
Mon point de vue est simple: pour attendue qu'elle était, cette mise au point sur la question de l'économie de marché n'était vraiment pas indispensable.
Mais qui lira la nouvelle Charte des Socialistes ou s'y réferera ? Pas grand monde...
Aura-t'elle un impact sur le fonctionnement du PS, ses relations au reste de la gauche et son programme économique ? La réponse est NON.
Quelle est l'importance, en somme, de ce texte de synthèse un peu baclé ? AUCUNE...
Eric: merci !