Je roulais en Vélib' vendredi soir, traversant la place Edmond-Rostand en direction de la rue Soufflot, prêt à grimper en direction du Panthéon.
Au feu rouge, en face du Mac Donald's, face aux grilles du Luxembourg, une jeune femme grande et fort bien mise me regarde d'un air bienveillant, quoique furtivement.
Je parviens dans sa direction et j'ai tout le temps de lui rendre la pareille. Et tout d'un coup, alors que nos regards se quittent déjà, je me rends compte que je viens
de voir ma présentatrice d'émissions politiques préferée. Pour
qui je ressens de l'inavouable, depuis des années, malgré ses engagements éditoriaux discuables...
Je l'imaginais plus petite en réalité. Peut-être plus "mignonne" que "belle". Le contraire de ce qu'a offert à mon regard la réalité sensible de sa personne. En fait, je
ne pouvais l'imaginer... Pourvu qu'elle ne me lise pas...
Après la photo du jour, le sondage du jour. Je sais que beaucoup de mes connards de lecteurs (c'est la première et la dernière fois que je vous insulte, chers lecteurs qui me rapportez...) n'aiment
pas que je fasse cela, c'est-à-dire exposer publiquement ma haine de Jean-Michel Aphatie, haine qui va jusqu'au souhait (j'espère !) qu'il soit enfermé un jour au bagne des îles Galapagos,
où les sbires de Pinochet exilaient leurs opposants.
En attendant l'exécution des Chiens de Garde de la droite au pouvoir, voici un sondage intéréssant, que je dois à MC et, par ricochet, à Menstrues délétères. Merci !
Pour voter, il est encore temps...
Selon les textes et la pratique républicaine, la campagne électorale est
close depuis hier soir. 0 h 00: extinction des feux. Plus personne n'a droit de donner de consignes de vote, comme je l'ai fait encore hier soir. La propagande politique est interdite. Surtout,
la diffusion de sondages.
Dans cette conjoncture restrictive, l'envie me brûle, croyez-moi, de diffuser des rumeurs, de lancer à la cantonnade des sondages, de spéculer jusqu'à demain sur ce qui va vraiment se
passer dans les villes qui vont connaître l'alternance à gauche. Surtout d'informer à l'avance des changements qui vont se produire dès demain à Paris, dans les 5ème et
peut-être, 15ème arrondissements. Avant même que les électeurs se soient déplacés....
Attitude vaine ? Pas tant que cela: commenter avant les Rozès, Perrineau, Reynié et autres blogueurs influents à la soirée IPol de demain (dont je serai), c'est un
privilège jouissif: tous de service demain soir pour "expliquer" dès 19 heures, à ses ignares de Français, les changements locaux qu'ils vivent, leur "expliquer" les conséquences
politiques pour la Majorité ou pour l'"Opposition".
Rozès, Perrineau, Sainte-Marie, Reynié, consultants à gages, chefs des services "politique" des grands médias: vous conserverez une fois encore votre monopole absolu du savoir politique, de la
visibilité, de la crédibilité experte, de la diffusion au compte-gouttes des résultats au rythme que vous l'entendrez.Et ce "à partir de 20 heures", c'est entendu !
Et votre monopole de l'interprétation du vote, de la sociologisation fine, des "comportements" dans chaque bureau de vote de chaque sous-section d'un arrondissement de Paris. Surtout
s'ils ferment à 22 heures.
Vous qui connaîssez déjà avec certitude les tendances à 14 heures, le cul sur vos fauteuils présidents, dans vos confortables bureaux aux portes
capitonnées des alentours de Sciences Po Paris. Vous qui aurez pris le soleil dominical à la terrasse du Flore jusqu'à 18 heures, avec dans votre besace toute la
presse étrangère et dominicale achetée au numéro au kiosque de Saint-Germain (que dis-je ? Vous êtes déjà abonnés par le Cevipof).
Vous qui percevrez demain soir une pige honnête de 800 € pour quelques commentaires en plateau, comme à chaque soir d'élection, pour haranguer de votre magistère et votre
tchatche vulgarisatrice les masses d'anonymes mal payés qui vous écouteront demain soir dans leurs logements sociaux: sur France Info, France Inter, LCI, BFMTV,RTL, France 2...
Véhicules rutilants rue de la Boétie, rue de Solférino, devant l'Hôtel de Ville. Des Etats-Majors bien sapés, bien nourris, hâles retour-de-Courchevel, souriants ou feignant un air
préoccupé, l'oreille sur le portable, des militants triés sur le volet avec accès réservé aux sièges de campagne, euphoriques...
Eh bien oui, c'est cela la démocratie en France. C'est bien comme ça les soirs d'élection. On ne va pas s'en plaindre pour une élection de plus ?
L'essentiel n'est-il pas que ces agneaux d'électeurs se soient déplacés et aient "bien voté" pour ces Municipales ?
C'est un sujet TF1 ? Non, mais typiquement France Inter-la Peste, dans son
édition matinale, où responsabiliser le pauvre est le coeur de métier.
"50 à 60 pleins non payés dans cette station, surtout en fin de mois, après le 25: des mères de famille, des motards, surtout de nuit. Souvent, ils repartent le
coffre ouvert, pour qu'on ne puisse pas prendre leurs plaques d'immatriculation".
Voici ce qu'on inflige à 4 ou 5 millions d'auditeurs, dès le matin.
Je l'apprends par Marianne: Serge
Halimi prend les rênes éditoriales du Diplo.
Je pense que c'est une bonne nouvelle concernant l'avenir du titrre: Serge Halimi a montré, depuis des années, qu'il est le plus pertinent (sinon le seul) analyste critique
généraliste des médias (en France).
Je n'oublie pas, bien sûr,l'Acrimed.
Mais pas seulement...
Il est aussi un fin connaîsseur des Etats-Unis, où il a fait ses études, et en particulier des
médias américains. Dans ce qu'ils ont eu d'odieux et de chape de plomb sur l'opinion américaine après le 11 Septembre.
Autant l'on pouvait critiquer Ignacio Ramonet et ses "propagandes silencieuses" un peu light dans leur portée, ses éditoriaux du Diplo qui se ressemblaient et ronronnaient un peu depuis quelques
années (de même que le titre, dont le lectorat décline depuis les grandes heures de l'altermondialisme).
Autant, Serge Halimi continue de déranger par un côté très-documenté, l'abondance de citations dans ses analyses, ses livres, sa culture générale politique très étendue.
Mais Halimi demeure un spécialiste anti-médias dominants. Qui ne touche pas à tout, donc. Et qui n'apparaît pas partout, surtout (ses interviews sont rares-des podcasts ou conférences filmées-et ses apparitions médias
rarissimes)
Que les néolibéraux se tiennent tranquille: il n'y aura pas d'"ouverture" du Monde Diplomatique, quand bien même les collaborateurs du titre sont divers et ne répugnent pas à jouer les experts
géopolitique dans des émissions très business. Par exemple, Frédéric Lordon, qui signe l'édito de ce mois de mars, expert es-économie que vous pouvez retrouver dans les "Matins" de France
Culture, par exemple.
Mais vous n'y verrez (ou entendrez) jamais, à priori, Serge Halimi...
Après les désagréments engendrés par l'exercice de ma liberté d'expression sur Internet ces derniers jours (en Anglais constitutionnel: Freedom of Speach, cf the Federalist Papers), j'ai pu longuement méditer sur l'importance qu'a
pris dans l'Histoire contemporaine de la France la notion de délit de presse.
Notion juridico-historique un peu floue, qui renvoie d'emblée à l'Affaire Salengro
(un ministre socialiste du cabinet Blum qui s'était suicidé suite à une campagne d'attaques diffamantes et quotidiennes contre lui de la part de la presse
d'extrême-droite de la fin des années 1930...).
En fait, la notion de délit de presse est toujours
demeurée quelque part au centre de la vie politique française depuis l'affaire Dreyfus, sauf en période d'expansion (Belle-Epoque, années 1920, Trente Glorieuses).
Et pour cause, la grande loi érigeant les libertés fondamentales des publications de
presse date de 1881, c'est-à-dire à une charnière déterminante: au terme de l'ère répressive du Second Empire, liberticide, et au moment où commence à se
développer les "puissances d'argent", facteurs de libéralisation.
Le parti antisémite (Ligue antisémitique, Ligue des Patriotes, Action Française.etc.), principal fauteur de délit de presse sous la Grande Dépression (1880-90) puis sous la
Belle-Epoque (1895-1910), s'est développé en un temps record après la promulgation de la loi. A un moment historique caractérisé par une forte concentration
capitalistique-les années 1880-, sur fond de crise économique et sociale (le Krach de l'Union générale préfigure notre banqueroute de la Société Générale...).
Les attaques par voie de presse (toujours qualifiées par la partie incriminée de "diffamation" ou de "calomnie", et par la partie incriminante de "liberté d'expression") ont toujours
été plus intenses et juridiquement conflictuelles en période de repli économique et social qu'en période de vaches grasses. En effet, la concurrence entre groupes sociaux, et donc entre
individus ou personnes morales, y est plus forte. Et la lutte politique pour la conquête du pouvoir plus féroce, en raison du peu d'alternatives laissées au groupes sociaux
marginaux de s'émanciper par d'autres moyens.
Il est symptomatique que l'affaire du SMS
de Sarkozy à Cécilia Albeniz (où un président de la République en exercice poursuit devant la Justice un titre de presse, le Nouvel Observateur,
dont il n'a eu de cesse d'affirmer en public qu'il le déteste) n'ait pas d'équivalents sous les septennats de François Mitterrand, Jacques Chirac, ou encore Valéry Giscard d'Estaing. Il nous
faut revenir à la Belle-Epoque pour exhumer des têtes de l'exécutif aussi vindicatives envers le Quatrième Pouvoir.
Cela est d'autant plus remarquable que le pouvoir d'Etat en place n'a jamais été autant dépendant dans sa quête de points d'indice de popularité du prisme et de la
bienveillance des médias que sous Nicolas Sarkozy. Il faudrait bien sûr introduire comme variable explicative le rôle des sondages fabriqués, les nouveaux modes de manipulation de
l'opinion via des faits divers, racontars et autres diversions sporadiques par des évènements sportifs.
Nicolas Sarkozy ayant été littéralement porté au pouvoir par les médias (comme l'ex-président Collor au Brésil le fut au Brésil en 1989, l'ex-président Fujimori au Pérou en 1990 ou encore l'actuel président Poutine en Russie en 1999), il est d'autant plus dépendant de ces mêmes médias dans son maintien au pouvoir: si les médias lâchent aujourd'hui Sarkozy et
vont trop loin dans le scabreux ou l'insignifiant à son sujet après l'avoir glorifié et porté aux nues (peu importe que le SMS soit bidonné par le Nouvel Observateur ou pas),
Sarkozy se trouve quand même politiquement mort en raison du gap immédiat et irréversible qui se sera produit chez les Français entre une réputation d'omnipotence
fake d'une part (construite savamment par les médias depuis 2002), et une réalité politique, économique, sociale, faite de démonstrations d'impuissance pure, d'autre
part. Où le politique, en tout cas, ne joue plus aucun rôle...
Intéréssante, cette petite polémique suite au colis piégé explosé
jeudi dans l'étude de Me Olivier J.Brane, un avocat réputé et spécialisé dans les affaires civiles immobilières (contentieux de la copropriété...).
Si l'avocat cossu a été "grièvement blessé" (qu'en eut-il été s'il en était mort !), et qu'heureusement; le corps de sa secrétaire particulière "a fait bouclier" lors de la
déflagration, on est demeurés pendant près de 48 heures sans un nom pour la victime collatérale, prise entre le cabinet de Sarkozy au premier étage, Maître Klarsfeld et la mémoire
de la Shoah au deuxième, David Martinon, Bertrand Delanoé et ce qu'ils en ont pensé au niveau supérieur.etc.
Il a fallu attendre hier pour que "Le Monde" passe d'"une secrétaire" à "Jacqueline B.,60
ans" et qu'on apprenne, via des blogs, qu'il s'agissait en fait de Jacqueline Belbouai,60 ans, dont le corps a été "particulièrement endommagé
lors de l'ouverture d'un des deux colis, celui qui a explosé".
Au passage, on ne nous dit pas si, tout comme dans un certain cinéma américain gore, les pompiers et les policiers ont retrouvé des viscères sur les murs et les boiseries (ou le
parquet) du cabinet de ce célèbre avocat parisien, spécialiste du marché de l'immobilier parisien.
Ce matin, en googlant le nom de la dame décedée sur le coup, on pouvait enfin (bien qu'il ne se soit passé que 48 heures: une
éternité pour une faute médiatique généralisée) constater sa réhabilitation bien méritée: des sites en basque, le Herald Tribune et des centaines d'autres sites de presse s'en sont
emparé, accordent autant d'importance, sinon plus, au nom de cette dame qu'à celui de son avocat de patron, simlement lésé "aux mains et à l'oeil".
Révélateur en tout cas d'une réalité incontournable propre à la presse française: en France,seuls les "noms" comptent.
Et les "petites gens", c'est bien connu (Patrice Alègre...), ne sont nommés que pour des faits divers sordides, où l'on peut raviver en creux la figure du pauvre dangereux et
animalisé... La presse française a ses petites obsessions dixneuviémistes: il faut le savoir...
Commentaires